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Histoires d'objets

Médaille des Prisons de Fresnes - fin XIXe-début XXe siècle écomusée de Fresnes -
n° inv.1990.1.1

Une médaille de renom pour une prison célèbre

Cette médaille fut gravée par Louis-Oscar Roty pour l’inauguration des prisons le 19 juillet 1898. Louis Oscar Roty (1846-1911) fut le graveur auquel nous devons la monnaie d'argent du 20ème siècle frappée de la "Semeuse". Médailliste reconnu en son temps, Roty fut premier au grand prix de Rome en 1875 et à celui de l'Exposition universelle en 1889. Il fut élu membre de l'Académie des beaux-arts en 1888 et fut fait chevalier de la Légion d'honneur en 1900. En 1905, il reçut la médaille de la sculpture au Salon, pour la première fois attribuée à la gravure en médailles. Oscar Roty abordait avec réalisme tous les sujets, notamment le travail. Il s’intéressa ainsi à la prison de Fresnes, prison modèle, expérimentale, voire « confortable » à la fin du XIXème siècle mais qui, conçue pour être individuelle, a peu évolué depuis. La devise en latin inscrite sur la médaille pourrait être traduite de la façon suivante « la maison de force et l’esprit du travail favorisent l’hygiène »

Désenclaver la prison
Lorsqu'on m'a proposé le poste de Fresnes, j'étais très réticent. Je savais que la surpopulation, l'état des locaux rendaient ce poste difficile. Il fallait résoudre une équation pas simple : faire fonctionner une entreprise qui avait été construite à la fin du XIXe siècle. A l'issue des quatre années passées à Fresnes, je peux dire que cette aventure a été passionnante.
À l'extérieur de la prison, j'ai rencontré des bonnes volontés, des hommes et des femmes qui comprennent nos difficultés. Au sein de l'équipe municipale de Fresnes, des élus cherchaient à faire mieux connaître la vie de la prison, à désenclaver le domaine. Pour que la prison puisse fonctionner, il faut que celle-ci soit intégrée dans le paysage, soit reconnue comme peut l'être une école, un hôpital. On ne peut plus faire vivre les prisons en autarcie. Il est essentiel de faire connaître notre réalité, faire partager nos problèmes qui doivent, en démocratie, être ceux de tous.

Entretien avec Georges C, directeur de la prison de Fresnes, 1990

 

Table-palette, 1967 - écomusée de Fresnes - inv. n°2001.2.1

Un établi pour travailler son Moi

À partir de 1946, Arno Stern qui consacre sa carrière à l’éducation créatrice par la peinture met au point à Fontenay-aux-Roses, une méthode pédagogique originale ayant pour but de favoriser l’expression de l’individu notamment en le soustrayant au regard des autres. Le principe est simple. Au milieu d’une pièce aveugle se trouve un table-palette supportant 36 pots de peintures associés à des emplacements pour pinceau. Au mur sont accrochés des feuilles de papier. Pour peindre, il faut faire des allers-retours entre l’établi qui est le lieu du partage et le mur qui est le lieu de l’individu. Une couleur à la fois, un pinceau par couleur. Le mur peut être sali. Aucune consigne de travail n’est donnée aux participants. C’est un atelier de peinture à l’abri des jugements et coupé du monde. On ne doit pas juger le travail des autres et les dessins ne sortent jamais de l’atelier. Là, dans un partage des outils et matériaux, on peint uniquement pour soi, pour s’exprimer.

La MJC de Fresnes en modèle
En 1973, alors que je suivais une formation d’animateur à Nanterre, nous sommes venus visiter la MJC de Fresnes. C’était un lieu innovant dans plusieurs domaines. J’ai découvert l’atelier d’expression artistique fonctionnant selon la pratique d’Arno Stern.
Un professeur d’art plastique de la MJC m’a raconté l’histoire de ce petit enfant qui était très bloqué. Il ne faisait rien durant les séances. Un jour pourtant, il a posé une tache noire dans le coin de sa feuille. Le professeur l’a conduit à utiliser d’autres couleurs. Petit à petit, au cours des séances successives il s’est mis à aligner les points, puis il s’est ouvert.
Aujourd’hui la méthode a été adaptée, la table n’est pas au centre, les enfants peuvent emporter leurs dessins, le professeur intervient plus et la pièce est ouverte sur l’extérieur.

Entretien avec Olivier M, 2000